Ce que 496 boutiques révèlent sur la transparence du secteur

Nous auditons les boutiques de CBD référencées dans cet annuaire selon cinq critères vérifiables depuis l’extérieur, sans jamais visiter un magasin ni tester un produit. Le relevé de juillet 2026 porte sur 496 enseignes de dix-neuf pays européens. Voici ce qu’il montre, et surtout ce qu’il ne montre pas.
Le chiffre le plus important n’est pas une note
Sur 496 boutiques, 380 ont pu être évaluées. Les 116 autres ne l’ont pas été : leur site ne répondait plus, ou un dispositif anti-robot bloquait la consultation.
Ces 116 fiches ne portent aucune note. C’est une règle que nous nous imposons et qui mérite d’être expliquée : une boutique injoignable au moment de l’audit n’est pas une mauvaise boutique, c’est une boutique que nous n’avons pas pu mesurer. Lui attribuer un zéro serait publier un jugement sur une absence d’information. Elles restent affichées avec la mention « en cours d’évaluation » et la date du constat.
Ce quart de l’échantillon hors de portée est en soi un résultat. Il donne une idée de la volatilité du secteur, où des enseignes apparaissent et disparaissent d’une année sur l’autre.
L’indice médian s’établit à 60 sur 100
Sur les 380 boutiques évaluées, l’indice médian atteint 60 sur 100, avec un minimum à 0 et un maximum à 100. Soixante et onze enseignes obtiennent la note maximale.
Cette dernière donnée demande une précaution que nous préférons donner nous-mêmes. Obtenir 100 ne signifie pas « irréprochable », mais « satisfait tous les critères que nous avons pu contrôler ». Or nous n’en contrôlons pas autant partout : nous interrogeons le registre des entreprises françaises, pas les registres étrangers. Une boutique française à 100 a passé cinq critères, une boutique autrichienne à 100 en a passé trois. Les deux notes ne pèsent pas la même chose, et c’est pourquoi le classement principal reste limité à la France.
En se restreignant aux 210 boutiques françaises évaluées, la médiane s’établit à 63.
Critère par critère
Le détail est plus instructif que la moyenne.
- HTTPS avec certificat valide : 370 sur 377 vérifiables, soit 98 %. Ce critère ne discrimine plus rien, le certificat étant devenu gratuit et automatique.
- Ancienneté du domaine de deux ans ou plus : 250 sur 281 mesurables, soit 89 %. Le secteur n’est plus peuplé de sites créés la veille.
- Contact identifiable, téléphone ou adresse postale : 252 sur 380, soit 66 %. Un tiers des boutiques ne vous laisse qu’un formulaire.
- Entreprise active au registre national : 46 sur 72 vérifiables. Le nombre de vérifications possibles est faible parce qu’il suppose de connaître le numéro d’entreprise, ce qui nous ramène au critère suivant.
- Mentions légales comportant un numéro d’entreprise détectable : 89 sur 380, soit 23 %.
L’avertissement que nous répétons
Ces 23 % ne signifient pas que 77 % des boutiques sont hors la loi. Notre robot cherche un numéro d’entreprise à des emplacements attendus. Une page de mentions légales publiée à une adresse inhabituelle, chargée en JavaScript ou intégrée dans une image lui échappe entièrement.
Ce chiffre mesure donc l’accessibilité de l’information, pas la conformité. Il reste utile à ce titre : une information que notre robot ne trouve pas, un acheteur pressé ne la trouve pas non plus, et un acheteur en litige encore moins.
Nous avons corrigé plusieurs biais avant de publier ces chiffres. Le plus grave attribuait à une boutique le numéro d’entreprise de son hébergeur, qui figure souvent juste après celui de l’éditeur dans les mentions légales. Un autre notait toutes les boutiques étrangères à 19 sur 100 parce que le robot y cherchait un SIREN français. Ces deux défauts auraient produit des données fausses sur des entreprises réelles.
Ce que l’indice ne mesure pas
Il ne mesure ni la qualité des produits, que nous n’avons pas testés, ni la conformité des taux annoncés, que nous ne pouvons pas vérifier depuis l’extérieur, ni la satisfaction des clients, dont les avis peuvent être fabriqués.
Sur le premier point, les données publiques sont d’ailleurs préoccupantes : une étude soutenue par la Mildeca et menée en 2023 par les centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance de Lyon, Paris et Montpellier a établi que huit produits au CBD sur dix présentent une teneur différente de celle de l’étiquette, constat relayé par l’Anses et l’ANSM le 19 juin 2025. Aucun audit de site web ne détecte cela.
C’est la raison pour laquelle quatre critères supplémentaires, dont la publication d’analyses et la conformité du dispositif d’avis, passent par des badges attribués sur pièce justificative vérifiée plutôt que par le calcul automatique. Un badge ne s’achète pas, et c’est ce qui lui donne sa valeur.
Comment ces chiffres évoluent
L’audit est rejoué périodiquement et chaque fiche porte la date de son dernier contrôle. Une boutique qui corrige ses mentions légales voit son indice remonter au passage suivant. Une boutique dont le site cesse de répondre perd sa note plutôt que de conserver une évaluation que nous ne pouvons plus confirmer.
La méthode de calcul, les pondérations et le traitement des critères non vérifiables sont publiés dans notre méthodologie. Les résultats individuels figurent dans le classement, avec pour chaque fiche le détail critère par critère. Une lecture complémentaire du marché figure dans notre analyse du marché français.