Grossiste CBD en Espagne, Belgique, Luxembourg : le cadre

Un fournisseur établi ailleurs en Europe ne change rien à ce que vous aurez le droit de vendre en France. La règle qui s’applique est celle du marché de destination, pas celle du pays d’origine de la marchandise. Un catalogue parfaitement banal à Barcelone peut contenir des références impossibles à mettre en rayon à Lyon.
Le principe qui prime sur tout le reste
Deux exigences françaises s’imposent quel que soit le fournisseur. La teneur en THC ne doit pas dépasser 0,30 %, seuil fixé par l’arrêté du 30 décembre 2021. Et pour tout ce qui s’ingère, le statut alimentaire bloque : le ministère de l’Agriculture a rappelé le 20 mai 2026 que les denrées alimentaires contenant du CBD dans leurs ingrédients ne sont pas autorisées au titre du règlement européen 2015/2283, l’innocuité du cannabidiol n’ayant pas été démontrée.
Ce que ce texte laisse subsister est étroit : les graines de chanvre et leurs dérivés, dont les huiles, ainsi que les feuilles destinées exclusivement à la préparation d’infusions aqueuses, à condition de respecter les teneurs maximales en THC et de ne pas être enrichies en cannabinoïdes. Le ministère précise que les contrôles ciblés menés depuis 2023 sont étendus en 2026 à toutes les denrées contenant ou mettant en avant illégalement du CBD ou tout autre cannabinoïde sur leur étiquetage.
Autrement dit, un grossiste européen qui vous propose des gummies, des gélules ou des boissons vous propose un stock que vous ne pourrez pas écouler légalement en France.
Espagne
Le cadre espagnol partage le socle européen sur l’alimentaire. Le CBD n’est pas autorisé comme aliment ni comme complément au titre du règlement 2015/2283. L’EFSA retient par ailleurs un apport journalier provisoire de 0,0275 milligramme par kilo de poids corporel, soit de l’ordre de 2 milligrammes pour une personne de 70 kilos. Ce chiffre situe l’ampleur des incertitudes scientifiques mieux que n’importe quel argumentaire commercial.
Un fournisseur espagnol qui présente ses huiles comme des compléments alimentaires vend donc une qualification qui ne tient ni chez lui ni chez vous. Notre page consacrée à l’Espagne détaille ce que le marché local propose réellement.
Belgique
Le cadre belge est plus segmenté qu’on ne l’imagine, et l’agence fédérale des médicaments et des produits de santé le décrit produit par produit. Les e-liquides au CBD y sont interdits. Les produits à fumer contenant du CBD peuvent être légaux, mais sous conditions : teneur en THC inférieure à 0,3 %, notification en bonne et due forme, signes fiscaux, et aucune allégation thérapeutique, ni soulagement de la douleur ni réduction du stress.
Pour les cosmétiques, le critère n’est pas le taux mais la partie de plante employée. Le CBD fabriqué à partir des tiges et des feuilles sans les sommités fleuries est admis, de même que le CBD de synthèse et l’huile de graines de chanvre. Les extraits issus des sommités fleuries, feuilles de ces sommités comprises, sont exclus.
Un grossiste belge dont le catalogue mélange e-liquides et extraits de fleurs pour cosmétiques travaille donc sur des lignes qui ne se valent pas d’un point de vue réglementaire.
Luxembourg
Le Luxembourg est souvent cité comme une place permissive, à tort. La loi du 10 juillet 2023 autorise la culture de quatre plants par communauté domestique au domicile, hors de la vue depuis la voie publique, et légalise le commerce des semences. Elle maintient l’interdiction de toute cession, gratuite ou à titre onéreux, de cannabis ou de produits dérivés, ainsi que la consommation en public.
Le dossier publié par le ministère de la Justice ne décrit aucun cadre commercial dédié à la vente de CBD ou de chanvre. Un intermédiaire qui se présente comme grossiste luxembourgeois mérite donc qu’on lui demande sur quel régime précis il opère, et où sa marchandise est effectivement produite et stockée.
Le contrat, et pas seulement la facture
Pour la vente de produits agricoles livrés en France, un contrat écrit est obligatoire depuis le 1er janvier 2023, en application de l’article L631-24 du code rural issu de la loi EGalim 2, avec des dérogations possibles. Une chaîne d’approvisionnement qui repose sur des bons de commande et des échanges de messagerie ne satisfait pas cette exigence.
Trois clauses valent d’être exigées, quel que soit le pays du fournisseur :
- l’engagement de conformité au seuil français de 0,30 % de THC, avec le certificat d’analyse rattaché au lot livré et non au catalogue ;
- la traçabilité de la variété et du lieu de production, qui conditionne votre propre communication auprès des clients ;
- le sort des lots non conformes, frais de retour et remboursement compris.
La question du fournisseur se pose de la même façon en France, et nous la traitons dans notre guide sur le choix d’un fournisseur.
Vérifier son interlocuteur avant de virer un acompte
Le contrôle minimal prend cinq minutes : identifier la raison sociale, le numéro d’entreprise national, l’adresse du siège, puis vérifier ce numéro dans le registre du pays concerné. Sur les 380 boutiques que notre audit de juillet 2026 a pu évaluer, 89 seulement affichent des mentions légales avec un numéro d’entreprise détectable automatiquement. Ce chiffre mesure l’accessibilité de l’information autant que sa présence, et ne dit rien de la conformité des enseignes concernées. Il indique en revanche combien ce contrôle est peu automatisable, et pourquoi il vaut d’être fait à la main.
Ce qu’un sourcing européen ne dispense jamais de faire
Acheter hors de France déplace le fournisseur, pas la responsabilité. C’est vous qui répondez, devant l’acheteur et devant l’administration, de ce que contient le sachet. Le prix départ entrepôt ne devient un avantage que si le lot passe le contrôle à l’arrivée, et cette vérification se paie une fois, à l’achat, ou beaucoup plus cher ensuite. Les mêmes exigences s’appliquent aux grossistes français.