Fermeture de boutique CBD : 24 sites sur 112 injoignables
En juillet 2026, notre robot a tenté de consulter les 112 boutiques françaises référencées dans l’annuaire. Vingt-quatre d’entre elles n’ont pas pu être évaluées, faute de réponse exploitable : 18 sites ne répondaient pas au moment du passage, 6 étaient protégés par un dispositif anti-robot. Soit 21 % de l’échantillon, un peu plus d’un cinquième. Ce relevé vient de nos propres audits. Il mérite surtout d’être lu correctement, parce qu’il ne dit pas ce qu’on lui fait souvent dire.
Injoignable ne veut pas dire fermé
Un site qui ne répond pas à un instant donné est un fait technique, pas un fait juridique. Un nom de domaine peut avoir expiré sans que l’entreprise ait cessé quoi que ce soit. Une migration d’hébergeur, un certificat périmé, un pare-feu mal réglé, une refonte en cours produisent exactement le même symptôme. L’annuaire constate une absence de réponse à une date, et c’est tout ce qu’il écrit sur les fiches concernées.
C’est pourquoi aucune mention de cessation d’activité, aucune note zéro et aucun jugement ne sont publiés sur ces 24 enseignes. Leur fiche porte la mention « en cours d’évaluation » et la date du dernier passage. Une boutique qui redevient joignable est réévaluée au cycle suivant, sans pénalité résiduelle.
Reste que 21 % d’un annuaire qui ne répondent plus le même mois, cela décrit un marché où l’entrée coûte peu et la sortie encore moins. Ouvrir une boutique en ligne demande un nom de domaine, un abonnement à une plateforme et un fournisseur. Arrêter ne demande rien : il suffit de ne pas renouveler.
Pourquoi la méthode passe avant les résultats
Un classement dont on ignore la règle de calcul ne vaut pas grand-chose. Cinq critères sont vérifiés automatiquement : présence de mentions légales comportant un numéro d’identification d’entreprise valide, activité de l’entreprise au registre national, ancienneté du domaine, contact identifiable, validité du HTTPS. Le détail des pondérations et des limites assumées figure sur la page méthodologie.
Une règle compte plus que les autres : un critère non vérifiable n’est jamais compté comme un échec. Quand le robot ne parvient pas à contrôler un point, ce point sort du calcul et l’indice est recalculé sur les seuls critères réellement observés. L’inverse produirait un classement qui punit les sites mal détectés plutôt que les sites opaques.
Ce que montrent les 88 boutiques évaluées
Sur les 88 boutiques de l’annuaire qui ont pu être auditées, l’indice de transparence médian s’établit à 70 sur 100, avec un minimum à 19 et un maximum à 100. Vingt-trois atteignent 100. Le détail des critères, toujours sur ces 88 fiches et toujours selon nos relevés de juillet 2026 :
- HTTPS valide : 99 %
- Domaine enregistré depuis deux ans ou plus : 95 %
- Contact identifiable, téléphone ou adresse postale : 81 %
- Entreprise active au registre, vérifiable sur 42 fiches seulement
- Mentions légales avec numéro d’entreprise détecté automatiquement : 35 %
Ce dernier chiffre demande une précision qui accompagne chaque publication. 35 % signifie « numéro détecté par notre robot », pas « 65 % des boutiques sont hors la loi ». Une page de mentions légales publiée à une adresse inhabituelle, insérée dans les conditions générales de vente ou affichée après exécution de scripts échappe à la détection automatique. L’absence de détection n’est pas une preuve de non-conformité, et rien ici ne la présente comme telle. La mesure porte sur ce qui est trouvable, information utile pour un acheteur qui cherchera au même endroit que le robot.
L’obligation, elle, existe bel et bien. Un site professionnel doit afficher l’identification du vendeur, son numéro d’immatriculation au RCS, ses coordonnées, son numéro de TVA, ainsi que le nom, l’adresse et le téléphone de son hébergeur. Service-public indique que le manquement à cette obligation d’information est puni d’un an d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. La façon de croiser ces éléments avec les registres publics est expliquée dans le guide sur la vérification d’une entreprise.
Un marché où quelques sites captent presque tout
Une seconde analyse, portant sur 100 boutiques, éclaire le phénomène par l’économie. Attention à la nature de ces données : il s’agit d’estimations produites par un outil tiers, pas de comptes publiés ni de chiffres déclarés par les enseignes. Elles indiquent des ordres de grandeur et des écarts, pas des montants exacts.
Sous cette réserve, la concentration estimée est marquée. Les trois premières boutiques concentreraient 47 % du chiffre d’affaires observé, les dix premières 69 %, et les cinquante dernières 3 %. Le chiffre d’affaires médian estimé atteint 1 156 dollars par mois, contre une moyenne de 7 894 : l’écart entre les deux mesure à lui seul la déformation de la distribution. Quarante-huit boutiques sur cent resteraient sous 1 000 dollars mensuels. Le trafic médian estimé s’établit à 86 visites par mois.
Le choix technique va dans le même sens, toujours d’après ces mêmes estimations : 69 % de ces sites tournent sur PrestaShop contre 8 % sur Shopify, autrement dit une majorité de projets montés au coût le plus bas plutôt que sur un abonnement mensuel. Côté catalogues, les fleurs apparaissent chez 69 % d’entre eux, les huiles chez 67 %, les e-liquides chez 42 %.
Une boutique à 86 visiteurs mensuels ne finance ni un stock, ni un service client, ni le renouvellement d’un domaine pendant très longtemps. La sortie du marché n’a alors rien d’un accident : c’est l’issue arithmétique d’une longue traîne de sites qui n’ont jamais atteint leur seuil de rentabilité.
Le cadre juridique a ajouté sa part d’instabilité. Le II de l’article 1er de l’arrêté du 30 décembre 2021 réservait les fleurs et les feuilles à la production industrielle d’extraits et interdisait notamment leur vente aux consommateurs. Le Conseil d’État a annulé cette disposition le 29 décembre 2022, dans sa décision n° 444887, jugeant l’interdiction disproportionnée. Presque douze mois séparent donc la publication de l’arrêté de son annulation partielle, sur une catégorie présente dans 69 % des catalogues observés. Le seuil de 0,30 % de delta-9-THC fixé au I du même article, que son III applique aux extraits de chanvre, n’a pas été remis en cause.
Vos droits quand une boutique cesse de répondre après la commande
Le cas qui compte vraiment pour un acheteur est celui du site devenu muet une fois le paiement passé. Les règles ne dépendent pas du produit.
- À défaut de date annoncée, le vendeur doit livrer au plus tard 30 jours calendaires après l’achat.
- Passé ce terme, il faut d’abord le contacter pour lui demander de livrer dans un nouveau délai raisonnable. Si ce nouveau délai n’est pas tenu, la commande peut être annulée et le contrat est résolu de plein droit.
- Quand la date de livraison constituait une condition essentielle du contrat, l’annulation est immédiate, sans nouveau délai à accorder.
- Le vendeur doit alors rembourser l’intégralité des sommes versées sous 14 jours calendaires. Au-delà, la somme est majorée de 10 % jusqu’à 30 jours de retard, de 20 % jusqu’à 60 jours, de 50 % ensuite.
- Indépendamment de tout incident, l’achat à distance ouvre un droit de rétractation de 14 jours calendaires, avec ses exceptions. Toute clause par laquelle le consommateur y renonce est nulle.
Ces recours supposent de savoir à qui s’adresser, donc de disposer d’une raison sociale et d’un numéro d’identification. C’est la raison pour laquelle les mentions légales pèsent lourd dans l’indice de transparence : elles ne sont pas une formalité administrative mais la condition pratique d’un recours. Les démarches concrètes sont détaillées sur la page consacrée au colis jamais reçu.
Ce que dira le prochain passage du robot
Les 24 fiches injoignables seront réinterrogées au cycle suivant et leur statut republié avec sa date. Certaines redeviendront joignables, d’autres non, et l’écart entre les deux passages en dira davantage sur la rotation réelle du secteur qu’un instantané isolé. Une évaluation sans date ne vaut rien, y compris la nôtre : chaque fiche porte donc la sienne, et ce relevé sera comparé au suivant plutôt que présenté comme un verdict.
Pour aller plus loin
- La méthode d’évaluation des boutiques, critère par critère, avec ses limites
- Notre analyse du marché français à partir de 100 boutiques
- Le classement des boutiques évaluées